Les Rencontré-e-s #4

Mois de septembre, mois de rentrée, mois d’automne, mois de culture (pour changer, tiens). Les rencontres culturelles sont de retour, pour te jouer un joli tour.

Au programme ce mois-ci : un « conte de fée punk rock », une histoire d’amour entre deux femmes d’une incroyable beauté sur fond de lutte féministe, et deux albums brillants d’un génie de la trompette.

>>>>>> Le Livre <<<<<<

Ça faisait plusieurs fois que j’entendais parler de Virginie Despentes, de ses engagements féministes, de son livre King Kong Théorie… On m’avait conseillé Bye Bye Blondie, alors je le suis plongée dans ce roman, qui m’a fait un effet hypnotique : impossible d’en sortir, et une fois refermé, une seule envie, le relire.

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Gloria passe sa vie à tenter d’oublier qu’elle existe, elle boit pour noyer les souffrances qui lui rappellent qu’elle est en vie. Sa douleur est son motif d’existence, et ses rares ami-e-s la connaissent pour ça ; sa constance à toujours tout foutre en l’air. Après s’être fait virer une énième fois de chez son copain, elle se retrouve à nouveau SDF, à traîner au bar où tou-te-s ses copain-e-s la récupèrent sans étonnement. Elle s’amuse elle-même de son incapacité à vivre une vie paisible, elle est la meilleure dans l’art de souffrir. Ce soir là en plus, elle rencontre son amour de jeunesse, Eric. Lui qui l’a probablement sauvé dans son adolescence quand, en hôpital psychiatrique, ses lettres d’amour lui permettaient de sortir la tête de l’eau, de se sentir aimée, et désirée pour elle-même. Cet homme qui l’aimait pour ses colères, qui l’aimait inconditionnellement, est devenu présentateur télé, très connu, quand elle, est RMIste dans sa ville natale.  L’histoire nous dit comment deux personnes si différentes peuvent être finalement si semblables. Comment parfois les sentiments humains parlent d’universalité, parlent au-delà du visible, parlent enfin d’instinct, d’animalité.

Virginie Despentes

Virginie Despentes

Virginie Despentes écrit dans un style très personnel, trash, inspiré du punk rock et du féminisme. Ce mélange explosif donne énormément de profondeur à son écriture, qui peut être tour à tour romantique, dérangeante, érotique. Ce roman donne énormément à penser sur les relations humaines et sur le vécu de son autrice, au-delà du personnage principal. Les rapprochements que l’on peut faire entre les deux me laissent penser que son roman parle aussi beaucoup d’elle-même, et c’est peut-être pour cela qu’il est aussi fort, puissant, émouvant.

C’est une lecture que je conseille pour le rapport au monde qu’elle suggère, et pour les sentiments poignants qui s’en dégagent.

>>>>>> Le Film <<<<<<

Un film qui parle d’amour, c’est bien. Un film qui parle de féminisme, c’est cool. Un film qui parle d’amour et de féminisme, c’est bien trop cool. Et un film qui parle d’amour entre deux femmes et de féminisme ? C’est giga trop bien trop cool, et ça s’appelle La Belle Saison, de Catherine Corsini.

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Dans le milieu rural, masculin et misogyne des années 70, Delphine (Izïa Higelin) est une agricultrice. Ses parents  se désespèrent de la voir célibataire, tandis qu’elle se sait lesbienne. Suite à une déception amoureuse, elle change de vie et va travailler à Paris. Un jour, dans la rue, elle croise des militantes féministes du MLF qui crient des slogans en touchant les fesses des hommes. En défendant une de celles-ci, elle finit par se lier d’amitié avec la bande, et particulièrement avec  Carole (Cécile de France), une professeure d’espagnol. Elle assiste à leurs luttes et leurs débats : doivent-elles accepter les hommes dans toutes les réunions, quitte à brider la parole des femmes, ou doivent-elles faire des réunions non-mixtes ? Doit-on se battre pour le droit des homosexuel-le-s ? Delphine finit par participer à toutes leurs actions, et tombe amoureuse de Carole. Commence alors une histoire d’amour incroyable entre deux femmes que leur milieu oppose frontalement. Quand Delphine doit repartir travailler dans les champs, le fossé se creuse entre le milieu bourgeois, intellectuel et ouvert d’esprit de Carole et la France traditionnelle et campagnarde des années 70 de Delphine.

Emouvant est le seul mot qui me vient à l’esprit pour parler de ce film. Catherine Corsini rend compte des réalités des années 70 avec une force tellement moderne qu’on voit à peine que le temps a passé depuis cette époque. Remarquablement bien filmé, les lumières et les plans ne sont là que pour mettre en valeur la sensualité indéniable des deux actrices, qui paraissent tellement complices qu’on oublie que ce n’est qu’un film. C’est une histoire d’amour lumineuse, profonde et rendue très poétique par la réalisation.

Bref, un film bouleversant qui donne envie de courir nu-e dans les prés et de toucher plein de trucs doux, comme par exemple la peau de quelqu’un-e qu’on aime, la surface d’une rivière ou un gros chat à poils longs. Oui cette phrase est étrange. Faites comme si vous aviez pas remarqué.

>>>>>> L’Artiste <<<<<<

Ibrahim Maalouf et ses deux albums débarquent pour la rentrée et ne nous laisse pas d’autre choix que de l’écouter.

Maalouf, c’est le genre de type qui se dit « Ok y a des gens qui aiment mon jazz. Mais aussi y a des gens qui aiment ma musique, ou la trompette, mais pas forcément mon jazz. En septembre, je suis généreux : je plais aux deux. »

Vous le connaissez peut-être grâce à ça : 

(Bande originale de la biopic sur Yves Saint-Laurent, que je conseille vivement également, BO pour laquelle Ibrahim Maalouf avait été nommé pour le César de la meilleure musique originale)

A la fois compositeur classique et trompettiste de jazz, il a collaboré à de nombreux albums, dont un avec le rappeur Oxmo Puccino, et a également composé la quasi-totalité d’un album de Grand Corps Malade, Funambule.

Ses deux albums sortis le 25 septembre sont très différents, mais, selon lui, rendent tous deux « hommage aux femmes ».

Kalthoum est très jazzy, déstructuré.  C’est un album complexe, rempli de nuances. Il est construit comme un hommage à Oum Kalthoum, une diva Egyptienne qui a bercé Maalouf dans son enfance. Il reprend donc, dans cet album, une chanson d’elle, sous forme de suite d’environ 1 heure.

Un résultat oriental, surprenant, libre, comme seul le jazz peut l’être.

Mais ma préférence se porte tout de même sur son deuxième album, « Red and Black Light ». Un album plus pop, plus electro, plus moderne, mais qui garde ses nuances jazzy, et ce magnifique son de trompette, s’alliant si bien avec des rythmiques rock. L’instrumentalisation met en valeur la mélodie et le son de trompette devient un chant, à écouter sans modération.

Ai-je besoin d’ajouter que cet album comporte une magnifique reprise de Run the World de Beyonce ? J’en termine l’album avec des frissons !

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En espérant que cet échantillon de culture vous donnera envie d’en découvrir toujours plus, je vous dis à très bientôt.

Moi, quand je vois que tu as lu mon article. Si si.

Moi, quand je vois que tu as lu mon article. Si si.

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