Les Contes du Koala perché #7 : Grand Pierre et Petit Pierre

Aujourd’hui je te raconte l’histoire de Grand Pierre et Petit Pierre, tous deux serviteurs d’un maître pas bien malin, et de ce qui se passe quand on est sympa avec les animaux au lieu de manger leurs enfants.

Hum, hum.

Hum, hum.

Petit Pierre et Grand Pierre, qu’on va appeler PP et GP à partir de maintenant, puisque c’est plus court, travaillaient chez un grand propriétaire terrien, du type société féodale, toussa toussa.

Un jour, ils durent aller couper du bois ensemble dans la forêt, et laisse-moi te dire qu’ils ont pas eu à marcher des masses pour l’atteindre, la forêt, puisque l’Estonie en est couverte. Mais ils comptaient y rester toute la journée, et puis manger c’est plutôt chouette ; donc ils se munirent tous deux de provisions.

Ils bûcheronnèrent à qui mieux mieux, mais au bout d’un moment, il fait faim. Ils décidèrent donc de sortir leurs provisions ; et là, GP tint à peu près ce langage :

« Dis-moi, mon ami ; c’est peut-être pas la peine de tout déballer. Et si on mangeait d’abord les provisions de ton sac, puis les miennes à la prochaine pause ? »

Bon ça se tenait, c’était pas bête, PP acquiesça, et ils mangèrent les provisions de son sac avant de se remettre au travail.

Mais lorsque vint le tour de GP de partager son manger, il ne fut pas trop d’accord.

Joey pas partager son manger

Joey pas partager son manger

Bien sûr que Petit Pierre pouvait manger quelque chose qui lui appartenait. Mais des marrons. Servis avec les poings.

A ce stade-là, tu l’as compris, le G dans GP c’est pas pour gentil ni pour galinette cendrée hein, ce serait plutôt pour Gazprom, ou Glencore, ou Goldman Sachs, ou encore Gap. Bref tu l’as compris, pas super gentil le mec. Mais comme c’est pas une complète pourriture non plus, il suggéra une solution à son camarade :

« Bah tiens, là, tu vois, t’as un nid de souris. Mange donc des souris ! »

Quand on a faim, on a faim, et PP alla jeter un coup d’œil au nid. Mais la maman souris le regarda avec de petits yeux suppliants et lui dit :

« Épargne mes petits ! Ils sont encore si fragiles… Si jamais tu as besoin d’aide, nous serons là, je te le promets ! »

Bon, c’est un peu touchant de voir cette petite souris défendre ses bébés alors, Pierre renonça à les manger, et retourna travailler l’estomac grondant.

Le lendemain, GP et PP retournèrent dans la forêt. Au bout d’un moment, ils firent une pause casse-croûte, et encore une fois, le plus grand proposa qu’on ouvrît d’abord le sac du petit. Celui-ci se dit que, quand même, il n’allait pas lui faire le coup deux fois d’affilée, et accepta le marché.

Mais en fait, si. Il le fit, le coup, pour la deuxième fois ; et, magnanime, il proposa à son collègue de manger du miel, cette fois-ci.

Mais les abeilles le supplièrent de les laisser en paix.

« Vois toutes ces petites abeilles à naître et le peu de miel que nous avons pour les nourrir ! Laisse-le nous, et si jamais tu es en difficulté, nous serons là pour t’aider ! »

Alors Petit Pierre retourna travailler, encore une fois le ventre vide.

Le troisième jour, PP et GP retournèrent en forêt. Et cette fois, GP prit des précautions oratoires, assurant que cette fois, promis juré craché, il le laisserait manger dans son sac quand l’heure sera venue. PP se dit que bon, si c’est promis juré craché, c’est que c’est vrai, et il accepta une 3e fois de partager ses provisions avec son camarade.

Mais à la deuxième pause casse-croûte, ce fut encore la même histoire : Grand Pierre refusa de partager, et menaça Petit Pierre. Il lui donna à nouveau une solution en carton : « Bah regarde, en haut de cet arbre, y’a un nid d’aigle. Va donc manger des aiglons ! »

Petit Pierre grimpa à l’arbre, mais là encore, l’aigle qui gardait ses enfants le supplie :

« S’il te plaît, ne mange pas mes enfants, regarde comme iels sont fragiles et délicat-es… Si jamais tu as des difficultés, je serais là pour t’aider, promis ! »

Petit Pierre se laissa attendrir, et accepta le marché de l’aigle. Il retourna donc travailler, encore une fois, affamé.

Au bout du quatrième jour, quand même, Petit Pierre avait retenu la leçon ; alors quand Grand Pierre lui proposa à nouveau de partager son sac, il l’envoya balader, et en beauté. Mais l’autre n’était pas bien content.

« Attends qu’on rentre, et tu vas voir ! »

Et ainsi fut fait. Lorsque les deux compères rentrèrent à la maison de leur maître, GP couru voir le patron et lui dit :

« Maître, tu peux faire bon usage de Petit Pierre, si seulement tu le menaces de mort ! »

« Comment ça ? demande le maître, qui flaire un bon coup.

« Aujourd’hui, Petit Pierre a dit qu’il pouvait construire une église de cire, avec des murs de terre, et y placer une cloche de 12 tonnes, et ce en 3 jours ! »

Pour une raison quelconque, l’idée d’avoir une église en cire avec des murs en terre et une cloche de 12 tonnes plut au patron (pour quoi en faire, ça, on ne le saura jamais), et il trouva également logique de menacer de mort un-e de ses employé-es. Il alla donc voir Petit Pierre, et lui donna 3 jours pour lui construire une église de cire etc. vous connaissez la suite.

Comme vous pouvez l’imaginer, à ce moment de l’histoire, Petit Pierre avait le moral dans les chaussettes, tant construire une église-de-cire-avec-des-murs-en-terre-et-une-cloche-de-12-tonnes-en-trois-jours paraît impossible. Il alla donc se balader dans la forêt, pleurant, donnant des coups de pieds dans d’innocents cailloux, attendant la mort.

A ce moment-là, une abeille passa à côté et, hasard : elle venait de la ruche qu’il avait épargnée. Elle le reconnut donc, et se posa sur son épaule.

« Bah alors, Petit Pierre, pourquoi es-tu triste ? »

Petit Pierre lui exposa alors son problème d’église-en-cire-avec-des-murs-en-terre-et-une-cloche-de-douze-tonnes-en-trois-jours. Et là l’abeille sourit un peu.

« C’est tout ? »

« Bon, tu sais quoi, lui dit l’abeille, va te coucher, et dors calmement cette nuit. Demain, tu verras. »

Petit Pierre ne voyait pas trop quoi faire d’autre, de toute façon ; il rentra donc et tenta de dormir.

Le lendemain matin, lorsqu’il se réveilla et sortit dans le jardin, une église de cire se tenait à l’emplacement choisi pour les travaux, et les abeilles étaient en train de fignoler les détails. Petit Pierre fut tout joyeux et remercia chaleureusement ses amies ailées mais pas trop chaleureusement pour pas faire fondre la cire.

La première étape était donc finie ; il ne lui restait plus qu’à faire des murs en terre et mettre une cloche de 12 tonnes, et il avait deux jours. Il se dit que, son maître étant quelqu’un de raisonnable (ah bon), il comprendra qu’une cloche de 12 tonnes ne pouvait pas se trouver. Restait le problème des murs en terre.

Petit Pierre était bien énervé : il se retrouvait avec une église en cire mais n’avait aucune idée de la façon dont faire des murs en terre. A nouveau, il alla dans la forêt shooter dans des cailloux, mais de rage, cette fois.

Il croisa alors une souris et, hasard, c’était celle dont il avait épargné les bébés. Elle le reconnut et s’approcha gentiment :

« Bah alors mon bichon, pourquoi cette méchante humeur ? »

Petit Pierre lui expliqua alors son problème d’église-en-cire-que-ça-c’est-fait-mais-il-reste-les-murs-en-terre-et-la-cloche-de-12-tonnes-et-deux-jours. La souris haussa les épaules et lui dit :

« Pas de problème ! Va donc dormir tranquille, demain tu verras ».

C'est comme si c'était fait, man

C’est comme si c’était fait, man

Petit Pierre se dit qu’elle l’aiderait sûrement comme l’avaient fait les abeilles, et alla donc dormir, serein.

Et effectivement, lorsqu’il se réveilla le lendemain matin, les souris étaient en train de fignoler les murs en terre. Petit Pierre fut joie et les remercia avec effusion.

Mais sa joie se transforma bien vite en désespoir : il n’avait plus qu’un jour pour trouver une cloche qui n’existait pas.

Cette fois-ci, Petit Pierre n’alla même pas embêter les cailloux ; il s’assit à côté de son église en cire avec des murs en terre et sanglota, attendant sa sentence.

C’est à ce moment-là qu’un aigle passa ; et, hasard, c’était celui dont il avait épargné les aiglons. L’aigle le reconnut et descendit en piqué, pour se poser à côté de lui.

« Qu’est-ce qui te trouble, ami ? » (troubler c’est un peu faible mais les aigles aiment bien les euphémismes)

Petit Pierre lui expliqua son problème d’église-en-cire-avec-des-murs-en-terre-que-ça-c’est-fait-mais-il-reste-la-cloche-de-12-tonnes-et-1-jour.

L’aigle réfléchit un instant parce qu’effectivement c’est coton cette histoire de cloche, mais il eut une idée.

« Alors, c’est pas facile mais c’est jouable. Seul Vanapagan possède une telle cloche. Seulement, elle est au-dessus de son lit, et si quelqu’un-e la touche, elle sonne pour le prévenir. Mais on peut toujours tenter. »

Petit Pierre haussa les épaules : foutu pour foutu, autant mourir aux mains de l’être maléfique, ça fera plus héroïque.

Les voilà donc tous deux partis pour la chambre à coucher de Vanapagan. Au bout de quelques heures de vol, l’aigle dit à son compagnon :

« Nous arrivons dans le royaume de Vanapagan. Prends cette branche, et cache-la ».

Petit Pierre obtempéra. Plus loin, alors qu’ils survolaient une étendue de sable, l’aigle descendit et dit à son compagnon : « Prends ce grain de sable, et cache-le. »

Ainsi fut fait. Puis, alors qu’ils survolaient un étang, l’aigle descendit à nouveau et ordonna : « Prends cette goutte d’eau, et cache-la. »

Ainsi équipés, Petit Pierre et l’aigle arrivèrent en vue d’une grande ferme.

« Maintenant, silence, dit l’aigle. C’est la maison de Vanapagan. »

La fenêtre de la chambre du démon était, par chance, restée ouverte. L’aigle vola donc à l’intérieur et Petit Pierre s’approcha doucement de la cloche, pour tenter de la détacher. Mais sitôt qu’il l’effleura, celle-ci sonna.

« Qui touche ma cloche ! grommella alors Vanapagan dans un demi-sommeil.

« Petit aigle ! » répondit l’aigle d’une voix enfantine.

Rassuré, le démon se rendormit, et Petit Pierre se rapprocha à nouveau de la cloche. Encore une fois, il tenta de la décrocher, mais elle sonna.

« Qui touche ma cloche ?! » fit encore Vanapagan, qui avait des problèmes de mémoire.

« Petit aigle ! » répondit à nouveau l’aigle.

Et le démon se retourna immédiatement, pensant qu’un aigle ne constituait pas une grande menace.

Cette fois-ci, la cloche était déjà aux 3/4 détachée et il ne restait à Petit Pierre qu’à tirer rapidement. La cloche sonna alors encore plus fort, mais l’aigle et son compagnon étaient déjà envolés.

Vanapagan entendit la cloche et comprit alors immédiatement qu’il avait été dupé. Rugissant, il se mit à leurs trousses et, petit à petit, les rattrapa.

« Laisse tomber le bâton, dit alors l’aigle, et dis : Qu’une dense forêt apparaisse ! »

Pierre laissa tomber le bâton et prononça les mots magiques, et une forêt immense et sombre apparut, permettant aux fuyards de prendre un peu d’avance. Mais cela n’arrête pas Vanapagan, qui ordonna immédiatement qu’un chemin fut taillé à la hache.

Un moment après, l’aigle demanda à Petit Pierre :

« A quel point est-il loin ? »

« Il nous rattrape », répondit celui-ci, paniqué.

« Laisse tomber le grain de sable et dis : Qu’une grande montagne pousse ! »

Petit Pierre laissa tomber le grain, prononça les mots magiques, et une montagne apparut sur le chemin de Vanapagan.

« Apportez des pelles, apportez des pelles ! hurla celui-ci. Creusez à travers ! »

Son ordre fut obéi, et bientôt il gagnait à nouveau du terrain sur les deux fugitifs.

« Laisse tomber la goutte d’eau, ordonna alors l’aigle, et dis : Qu’une grande mer apparaisse ! »

Petit Pierre laissa tomber la goutte d’eau, prononça les mots magiques, et une grande mer apparut derrière eux. Mais Vanapagan eut tôt fait de se reprendre.

« Buvons la mer ! » déclara-t-il, et il se mit aussitôt à l’ouvrage, se gonflant de plus en plus à mesure que le niveau de l’eau descendait. Mais au bout d’un moment, cela ne suffit plus.

« Apportez des cerceaux de fer, et placez-les autour de mon ventre ! » ordonna alors Vanapagan.

Et il continua à boire encore et encore. Mais vint le moment où même les cerceaux de fer ne suffirent plus, et Vanapagan explosa.

Petit Pierre et l’aigle étaient déjà bien loin.

Ils arrivèrent à l’église juste avant l’aube du quatrième jour, et accrochèrent immédiatement la cloche.  Petit Pierre remercia son ami, et alla trouver son maître pour lui présenter l’église-en-cire-avec-des-murs-en-terre-et-une-cloche-de-12-tonnes.

Celui-ci fut tellement content qu’il lui donna assez de cadeaux pour que Petit Pierre puisse vivre confortablement jusqu’à la fin de sa vie.

Mais il décida malgré tout de prendre sa revanche. Et là, c’est le moment où je vous avertis parce que c’est une revanche particulièrement atroce qu’il va prendre, Petit Pierre. Alors si vous craignez les histoires de flammes et de brûlures je vous suggère de vous arrêter à cette phrase : Et Petit Pierre vécu heureux jusqu’à la fin de sa vie, alors que Grand Pierre, non.

Vous voulez continuer ? Bon.

Donc Petit Pierre, tout fier de sa victoire, dit à son maître :

« Mais saviez-vous, maître, que Grand Pierre peut accomplir un miracle encore plus incroyable ? Il dit être capable de dormir dans un four brûlant, avec 7 bûches, et y survivre. »

Bon alors là on se dit que le maître avait quand même un sacré souci de cruauté, parce qu’autant le défi de Petit Pierre lui permettait de devenir l’heureux propriétaire d’une église en cire avec des murs en terre et une cloche de 12 tonnes, là, clairement, ça ne sert absolument à rien. Mais il décida de mettre Grand Pierre au défi malgré tout.

Et ainsi, Grand Pierre passa la nuit dans un four chauffé avec 7 bûches. S’en réveilla-t-il, l’histoire ne le dit pas.

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2 réflexions sur “Les Contes du Koala perché #7 : Grand Pierre et Petit Pierre

  1. Wow, mais n’importe quoi, pourquoi le sorcier se met à BOIRE la mer ? Déjà, c’est pas bon et ça se fait pas pour les poissons, mais c’est pas plus simple de prendre un bateau ou une montgolfière ?

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    • Bah, c’est Vanapagan donc il est pas très malin. En fait il est à moitié troll donc parfois on sait pas trop ce qui lui passe par la tête… Après comme c’est une mer toute récente créée par Petit Pierre on peut espérer qu’il n’y avait pas trop de sel, ni de poissons (ça dépend à quelle vitesse la vie se crée dans l’eau, ça l’histoire ne le précise malheureusement pas)

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