Les Rencontré-e-s #5

Le mois d’octobre et ses jolies couleurs automnales, ocre, fauve et rougeoyantes vient de se terminer et le mois de novembre de commencer, on se rapproche de Noël dangereusement (malgré les 17 degrés –en Bretagne en tout cas- y’a plus d’saison ma pov’dame ! ) et qui dit Noël dit bouquins, donc si vous avez des bouquins à conseiller, c’est le moment ! Lâchez des com’s comme disent les jeunes (si tant est qu’iels le disent toujours). On se retrouve donc pour l’avant-dernier Rencontré-e-s de l’année. Au programme : un roman signé Olivia Rosenthal, une histoire d’amour futuriste, et un artiste chinois aux dessins plus vrais que nature.

automne

Le Livre : Que font les rennes après Noël ? Olivia Rosenthal

que font les rennes après noel

Olivia Rosenthal est une autrice que j’avais découvert avec Ils ne sont pour rien dans mes larmes, un très beau livre où elle donne la parole à 14 voix singulières pour parler de 14 films qui ont changé leur vie. Ce livre m’avait beaucoup touché car il donnait du sens à l’art, les 14 récits montraient comment des films peuvent résonner par rapport à notre vécu, ou exacerber nos sentiments.

Dans Que font les rennes après Noël, Olivia Rosenthal développe deux idées en parallèle, l’idée de l’enfermement des animaux dans des buts récréatifs pour l’homme ou pour des raisons alimentaires et l’idée de l’imprégnation d’une enfant dans son milieu familial.

Olivia Rosenthal

Olivia Rosenthal

Cette écriture particulière à deux voix qui s’articulent autour de la question animale et humaine m’a interpellé. Olivia Rosenthal fait intervenir des données précises et parfois morbides sur la condition animale, la légalité de certains actes, tout en parlant de la condition humaine, de l’enfermement. Il y a quelque chose du documentaire dans ce livre. L’enfermement de l’humain, c’est l’éducation, l’ « imprégnation », le conditionnement dans un milieu familial et scolaire. La jeune femme qui est au centre du récit devient peu à peu étrangère à elle-même, à ses propres sentiments à cause de cette imprégnation, puis elle finit par « s’absenter », ne plus appartenir au monde. Il y a cette phrase très belle, émouvante : « Vous apprenez qu’on peut être ensemble et séparés« .

C’est la difficulté d’être au monde et d’être dans le monde qui est exprimée dans ce livre, et il faut croire que je ne suis pas la seule à l’avoir trouvé vrai. Récompensée du Livre Inter 2011 pour cet ouvrage, Olivia Rosenthal déclara que « ce livre et ce prix me donnent le sentiment d’avoir accédé à quelque chose que je recherche depuis longtemps à la fois dans la forme du livre et dans sa rencontre avec le public ».

Le Film : Her de Spike Jonze

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OUI J’AI 2 ANS DE RETARD. Je sais c’est malheureux, mais ce n’est jamais trop tard pour la culture, donc ne me jugez pas.

« Très dérangeant », « Super spécial », « une très belle histoire d’amour » : les réactions de mes proches après avoir vu Her.

La critique est à peu près aussi représentative des avis fort divisés concernant ce film : « Une histoire d’amour jusqu’alors impossible mais probable, après tout, dans un avenir proche, passionnante de bout en bout grâce à la réalisation au plus près de Spike Jonze. » dit Le Parisien. Le Figaroscope (pour rester dans la même mouvance politique, je fais ma B-A de l’année et je donne la parole à la droite, notez ce jour) lui, dit : « Her nous donne une vision du monde fausse et lointaine. Comme une étoile. C’est très joli, mais déjà éteint. » BIM. J’aurai pas aimééééééééé.

Pas gentil Le Figaroscope

Pas gentil Le Figaroscope

Bon mais maintenant qu’on a dit tout ça, qu’en retenir ?

Her est un film qui ne peut pas plaire à tout le monde. Plus proche de la dystopie que de l’utopie, il nous montre les dérives du monde technologique dans lequel nous plongeons chaque jour un peu plus. Théodore est à un stade de sa vie où il a du mal à retrouver le sourire : séparé de sa femme, il doit signer les papiers du divorce alors qu’il regrette toujours celle qui a été sa meilleure amie et amoureuse depuis des années. En achetant un nouveau système d’exploitation doté d’une intelligence artificielle, il ne s’attend probablement pas à ce qu’elle se prénomme elle-même Samantha. Cette dernière deviendra rapidement un véritable anti-dépresseur pour Théodore, lui redonnant le goût de la vie.

Pourtant, Samantha est-elle réelle ? Les sentiments que Théodore développe à son égard le sont en tout cas, et c’est une touchante histoire d’amour que Spike Jonze développe avec poésie, finesse, et esthétisme tout au long de son film. Alors non, Mesdames Messieurs du Figaroscope, cette vision du monde n’est pas « fausse et lointaine ». Je crois qu’au contraire cette vision du monde n’est qu’une vision très édulcorée de ce qui nous attend, car le progrès technique ne va pas s’arrêter à Siri.

Le film de Spike Jonze est pour moi remarquable : allier futurisme, lyrisme, romantisme, le tout avec des considérations très actuelles sur l’avenir de la technologie, c’est un pari risqué, mais fantastiquement réalisé.

L’Artiste : Li Kunwu 

Photo : philippe pataud célérier

Photo : philippe pataud célérier

Li Kunwu est un artiste chinois dont j’ai eu la chance de voir l’oeuvre au Grand Théâtre d’Angers grâce au travail de l’institut Confucius. L’exposition nous donne à voir un dessinateur de grand talent, récompensé par de nombreux prix de BD pour son œuvre mêlant le témoignage à l’histoire (Ouest France Quai des Bulles 2010, Rendez-vous de l’histoire de Blois 2011, grand prix du manga de Chine 2013, prix d’excellence au Japon 2015, etc).

En admiration devant la danseuse, 2013

En admiration devant la danseuse, 2013 (Credit photo : Philippe Pataud Celerier)

Dessinateur autodidacte, Li Kunwu nait en 1955 dans une province du sud-ouest de la Chine, le Yunnan, province peu avancée d’un point de vue économique, essentiellement montagneuse. Se formant dans une Chine maoïste, il développe plusieurs cordes à son arc (ou plusieurs encres à son pinceau, mais je ne sais pas si ça se dit) : aussi à l’aise en dessin de propagande, en caricatures qu’en bande dessinée, il parvient à nous transporter dans une ambiance grâce à son talent hors norme.

Transport de légumes à la ville - 2013

Transport de légumes à la ville – 2013

Ces dessins, présentés pour certains pour la première fois en France, nous donnent à voir une Chine essentiellement rurale et traditionnelle. Ses dessins sont néanmoins empreints de vie : le mouvement, les odeurs et le bruit sont rendus réels par la justesse de ses dessins.

Bains publics aux environs de Kunming, 2014

Bains publics aux environs de Kunming (détail), 2014

La beauté de l’instant saisi au vol, la lumière dans les yeux d’un enfant, l’euphorie de la foule et les préoccupations du marché, ce sont autant de tableaux vivants que nous dépeint Li Kunwu.

Dessin enfant

L’exposition est encore là jusqu’au 29 novembre 2015, donc dépêchez vous ! Exposition Li Kunwu, La Chine du Sud au fil du crayon, du 17 septembre au 29 novembre 2015, Grand Théâtre d’Angers.

Pour les photos de Li Kunwu, j’ai consulté ces deux blogs :

Merci à elleux !

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