Les Rencontré-e-s #6

Le dernier mois avant le mois de Noël, aussi communément appelé « novembre », est un mois froid, où l’on commence à avoir envie de s’entasser sous la couette et de ne rien faire que de dormir et boire du chocolat chaud. Il faut dire aussi que ce mois-ci n’a pas été élu le mois le plus gai de l’année 2015, donc c’était pas « easy-peasy » de trouver le courage de sortir de chez soi pour rencontrer la culture.

Voilà comme ça.

Voilà comme ça.

Heureusement pour nous, la culture vient souvent à nous, même quand on ne veut pas sortir. Merci les nouvelles technologies ! On rend grâce à Internet de nous avoir apporté tout ce savoir à portée de main. Oui c’est du savoir. Même que Michel Serresil l’a dit : c’est une grande compétence de savoir trouver la culture grâce à internet.

Ce mois-ci dans les Rencontré-e-s : on se plonge dans l’enfance d’une petite fille dans la Pologne communiste des années 80, on apprend que toustes les génies de la musique n’ont pas eu une vie toute rose tout le temps, et enfin on découvre le son électro-pop d’un trio Londonien.

Le Livre :   Marzi, la Pologne vue par les yeux d’une enfant, de Marzena Sowa & Sylvain Savoia

Pour une fois, et j’espère que cela fera plaisir à notre BDiste préféré, Jano, OUI, le livre EST UNE BANDE DESSINÉE. 

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Merci, merci.

Parce que oui c’est pas parce qu’il y a des images que c’est pas un livre ou que c’est pas intéressant ou que c’est pas de la culture. C’est tout.

Marzi c’est quoi ? C’est l’enfance de Marzena Sowa, qui a grandi en Pologne, sous le régime communiste (car la Pologne, jusqu’en 1989, était intégrée dans l’URSS). Ce projet est à l’initiative de Sylvain Savoia, qui, intéressé par l’histoire de la Pologne et par l’enfance de Marzena, eut envie de les mettre en dessin. Marzena Sowa conte donc, sur le même ton qu’elle l’aurait fait quand elle était enfant, les anecdotes parfois tragiques, toujours exotiques, de cette Pologne qui vit tour à tour l’état de siège, la pénurie,  l’explosion de la centrale Tchernobyl… Beaucoup d’humour se dégage de sa façon de raconter son histoire, même si souvent les  anecdotes peuvent nous sembler dramatiques.

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Les petits détails attendrissants que Marzena éparpille dans son récit sont autant de sourires qu’elle nous arrache. Les dessins de Sylvain Savoia sont d’ailleurs plus touchants qu’ils transcrivent parfaitement les textes, et leur répondent. Les dessins sont aussi enfantins que peut l’être la narration sans être simplistes : exprimant l’insouciance de Marzi, ils se teintent aussi de gravité parfois.

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Simplement esthétique, cette bande dessinée  est un tout émouvant, qui, ni caricatural ni triste, nous permet de comprendre, de l’intérieur et de façon ludique, ce que c’était que vivre dans les années 80 sous un régime communiste.

Le Film : Love & Mercy de Bill Polhad

J’ai toujours admiré les Beach Boys mais je ne me suis jamais vraiment penchée sur leur histoire. C’est chose un peu faite grâce à Love & Mercy, sorti au cinéma en août, et en DVD ce mois-ci (ce qui nous permet de le regarder illégalement sur le ouèbe maintenant)qui  retrace le parcours de vie de celui qui fût leur compositeur principal, à savoir le brillant, le majestueux, le grand Brian Wilson.

On suit 2 périodes de la vie de Wilson en parallèle : les années 60 et sa période de composition de Pet Sounds (un des meilleurs albums jamais composés EVER à mon humble avis –et pas qu’au mien d’ailleurs – mais j’aurai l’occasion de vous en reparler très vite (oui je fais du teasing)), puis ses difficultés grandissantes à vivre avec ses troubles psychologiques. Les deux histoires parallèles sont montées dans une cohérence qui rend la construction particulièrement intéressante : les deux périodes de la vie de Brian Wilson s’articulent et se répondent.

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Les deux acteurs choisis par le réalisateur pour jouer le Wilson des années 60 (Paul Dano) et celui des années 80 (John Cusack)  sont tous deux impressionnants dans leur rôle respectif. Paul Dano a tout du Wilson-artiste : comme mu d’une bulle intérieure foisonnante, il est inspiré et épatant, tout comme le Wilson de cette époque. On le voit retravailler des sons des dizaines de fois, chercher de nouvelles sonorités. Son perfectionnisme désarmant et les nouvelles influences qu’il apporte dans la musique des Beach Boys entament le divorce avec les autres membres des Beach Boys, ce qui ne fait que s’accentuer quand, à la fin des années 60, le dialogue devient impossible avec un Wilson torturé, se mutant peu à peu en paranoïaque inquiétant.

On retrouve alors John Cusack, bouleversant dans son interprétation d’un Wilson quarantenaire malade et sous emprise. Enfant perdu, manipulé, homme tendre, artiste dépressif, il est tout à la fois, et dit si bien les tourments intérieurs du musicien drogué par un psychologue vil et opportuniste. Aidé de la jeune femme compatissante et forte remarquablement interprétée par Elisabeth Banks, il finira par sortir de cette période très sombre de sa vie.

Les Gotham Independant Award ont récompensé Paul Dano dans toute leur subjectivité, et moi dans toute ma subjectivité, je récompense John Cusack. Mais ne nous divisons pas : ils sont aussi géniaux l’un que l’autre.

C’est donc un film très émouvant, à la bande originale aussi fantastique que peuvent l’être les tubes des Beach Boys, sans pour autant tomber dans la banalité d’un film sur la musique d’un artiste, le film va jusqu’au bout de sa mission : nous toucher par la justesse de son interprétation.

L’Artiste : Micachu & The Shapes

Si tu as envie de tortiller n’importe quelle partie de ton corps en rythme OU d’écouter de l’electro un peu déconstruit OU de pas comprendre totalement la logique d’une musique OU tout ça à la fois, il y a Micachu & The Shapes.

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Micachu (Mica Levi), la chanteuse, est une ancienne étudiante en musicologie, ayant écrit une œuvre expérimentale pour l’Orchestre Philarmonique de Londres (rien que ça) puis plusieurs mixtapes pour des groupes de hiphop, avant d’écrire tout simplement la BO du film Under The Skin. C’est ce qu’on appelle avoir un CV plutôt classe.

La musique du trio est ainsi au croisement de plusieurs influences musicales, ce qui se retrouve dans les sons utilisés, qui peuvent être très expérimentaux, parfois sombres, parfois fantomatiques, tout en étant très travaillés et novateurs. Les sons de cordes et de percussions qui rappellent Connan Mockasin sur certains titres ne font cependant pas oublier que le groupe s’inscrit parfois dans une certaine tradition de pop-rock anglais. Pourtant, incomparable avec tout ce qui peut se faire actuellement, Micachu & The Shapes apportent vraiment leur touche personnelle.

Leur nouvel album « Good Sad Happy Bad » est sorti en septembre. C’est un album déconcertant. Chaque chanson exprime un univers totalement différent, de l’électro à la ballade pop, on retrouve même quelques influences plus folk dans certains titres comme Relaxing. Si le groupe sera loin de faire l’unanimité, on pourra au moins leur reconnaître l’audace d’oser bousculer les idées reçues, déconstruire la musique, essayer de nouveaux sons. Et c’est ça qui est chouette.

Notes :

1 : Si tu en as marre des vieux qui râlent à propos des jeunes et que c’était mieux avant, je te conseille la thérapie Michel Serres, que tu peux retrouver en vidéo ici, et qui est le monsieur de 80 ans que tu aimerais avoir comme papi (en tout cas, moi oui).

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