Virgin Suicides vs Mustang : des similitudes indépassables ?

Après un long temps d’absence, j’ai décidé de revenir vous parler de découvertes culturelles. Mes chroniques ne seront plus mensuelles en 2016, mais je vous partagerai toujours mes coups de coeur !

Il y a quelques semaines, je regardais Mustang, conseillé maintes et maintes fois par quelques amies fort bien renseignées. Puis, je l’ai moi-même conseillé à mes ami-e-s et l’une d’entre elleux (dont vous découvrirez bientôt la plume, oups j’ai spoilé) a ensuite commenté son visionnage par un « j’ai beaucoup aimé ce Virgin Suicides adapté à la Turquie contemporaine ». ALORS, l’heure de vérité a sonné. Mustang ne serait-il qu’un plagiat ?

Mustang vs Virgin Suicides : le match

Pour beaucoup, ces deux films sont identiques :  « Mustang, le Virgin Suicid turc » titrent pêle-mèle Konbini,  Allociné , ou encore Télérama, qui s’interrogent sur la concordance des histoires.

Alors oui, ces deux films ont un pitch similaire : c’est l’histoire de 5 sœurs qui rêvent de liberté et d’insouciance et qui sont écrasées par le poids d’une morale rigoriste et patriarcale. Déscolarisées et enfermées dans une prison familière, leurs geôliers (leurs familles) organisent une haute surveillance pour empêcher toute dérive… les poussant lentement vers une descente aux enfers.

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Mais la comparaison s’arrête là. Dans Virgin Suicides, l’histoire se déroule dans les années 70, dans une banlieue riche de Détroit, aux Etats-Unis. Un narrateur revient sur l’histoire sordide des sœurs Lisbon : le film s’ouvre sur la première tentative de suicide de la dernière des filles Lisbon, Cecilia, et recompose pour nous toute la trajectoire dramatique de ces sœurs, allant de l’espoir de liberté qui les caresse parfois (notamment quand, suite au conseil du médecin qui s’occupe de Cecilia, les parents Lisbon organisent une fête dans leur sous-sol pour leur fille, ou quand iels acceptent que leurs filles se rendent au bal de promo), à leurs plus sombres moments (quand la mère des filles décide de forcer Lux à brûler ses disques de rock, considérant que cela la pervertit).

La musique de Virgin Suicides est un de ses éléments constitutifs et incontournables : que ce soit la musique de scène (ou musique in, sachez que j’ai fait des recherches pour ce vocabulaire, si si), c’est-à-dire la musique dans l’histoire, qui vient de l’action des personnages, où chaque morceau a été choisi avec soin, ou la musique extra-diégétique, à savoir celle qui accompagne l’image, la bande son est un petit bijou. La bande originale est signée Air, et elle sublime magnifiquement l’émotion qui transparait de la photographie remarquablement vintage, froide et pourtant poétique. Sophia Coppola signe donc avec Virgin Suicides (1999) un de ses meilleurs films à mon humble avis (et c’est son premier long métrage). Adapté du roman éponyme de Jeffrey Eugenides, il connaitra un bon accueil par la critique, récompensé notamment par le MTV Movie Awards de la meilleure nouvelle cinéaste pour Sofia Coppola.

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Mustang, loin d’une plongée dans une Amérique catholique et aveugle, se veut un regard critique porté sur la Turquie profonde et contemporaine. En cela, l’œuvre de  Deniz Gamze Ergüven est plus engagée politiquement, la réalisatrice n’hésitant pas à l’affirmer, remarquant notamment : « On est l’une des premières Nations à avoir obtenu le droit de vote dans les années 30 et on se retrouve aujourd’hui à défendre des choses aussi élémentaires que l’avortement ». Les filles de Mustang sont fougueuses, affirmées, fortes, pleines de vie, et incroyablement belles. La photographie de David Chizallet (dont j’avais déjà admiré le travail dans Je suis un soldat) met en exergue l’insouciance et l’envie de vivre de ces filles, enfermées par leur oncle, un homme violent et misogyne.

Les relations entre les personnages sont très justement filmées : on retrouve une grand-mère partagée entre l’autorité de son fils et sa tristesse à l’idée de nuire à ses petites-filles, des sœurs complices et pourtant différentes, à l’humour aiguisé malgré leur destin. Quant à la benjamine, Lale, jouée par la formidable  Güneş Nezihe Şensoy, véritable mustang indocile et à jamais libre, elle donne toute sa force au film. Véritable hymne à la liberté, c’est un film solaire et émancipateur, titillant le fond du ventre, non sans faire couler quelques larmes.

Encensé par la critique, Mustang remporta notamment 4 César en février 2016, dont celui du meilleur scénario original.

Pour finir, je ne nierai pas qu’il existe de grandes ressemblances dans le scénario de ces deux très beaux films. Mais ce n’est pas le plus important ici. Il faut s’attarder sur chaque détail, sur le contexte, la musique et la photographie : ces deux films sont réalisés avec grâce, ambition, et ne touchent pas du tout le spectateur de la même façon.

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