Awa odori (波おどり) : Le Japon fait danser la France

Bientôt le 31 octobre, Halloween et le jour des mort-e-s… Pour l’occasion, lemaedre te propose un petit tour du côté du, ou devrait-on dire des jours des mort-e-s japonais-e-s.

Un peu de traduction pour commencer

Awa odori ? Mais qu’est-ce que c’est que ce nom bizarre, te demandes-tu à juste titre, lecteur-trice. Odori signifie tout simplement danse. La plus connue est la bon-odori, littéralement la danse des mort-e-s, qui se montre au public une fois par an à l’occasion d’un événement particulier : le o-bon – ce qui ne l’empêche pas d’être préparée toute l’année durant par des bénévoles passionné-e-s.

Le festival des mort-e-s (o-bon お盆)

Awa odori trouve sa source mapà Tokushima, ville de la province d’Awa, d’où elle tient son nom, située au sud d’Osaka. Il se tient là-bas, chaque année, l’un des o-bon les plus célèbres du Japon.
Le o-bon, c’est le festival des mort-e-s – c’est un peu le Halloween japonais mais sans les bonbons et les sorts, quoique…– qui se déroule chaque année sur trois jours, entre le 13 et le 15 août. À cette époque de l’année, il est dit que les mort-e-s descendent sur la terre rendre visite aux vivant-e-s ; c’est pourquoi il ne faut pas aller se baigner dans la mer, au risque de se retrouver attiré-e vers le fond par leurs mains terribles…
Plusieurs cérémonies se succèdent durant ces quelques jours de festival. Je vais essentiellement parler de mon expérience à Okinawa et il se peut – c’est même plutôt certain – qu’il existe des subtilités et des traditions locales.

Les Japonais-e-s en profitent donc pour aller saluer leurs ancêtres dans la maison familiale, où ils prient devant l’autel, qui se situe le plus souvent dans la pièce à vivre. Pour l’occasion, ces autels sont nettoyés, le vase et l’encens sont remplacés. On leur sert même du saké.
Le dernier jour, toute la famille se réunit pour un grand repas avec les défunt-e-s, où sont servies quantités de nourriture, des sushis à la pizza en passant parfois par le homard. Une fois que minuit a sonné, tout le monde se rassemble devant la maison pour brûler l’argent des morts, des liasses de papier blanc qui n’ont de valeur que dans l’au-delà. Une fois la cérémonie accomplie et les défunt-e-s reparti-e-s, les vivant-e-s se partagent les offrandes, des fruits en majorité, et rentrent chacun chez elleux.

Entre ce premier jour d’accueil et les dernières salutations, les festivités vont bon train et la danse, bien entendu accompagnée de musique, y occupe une place toute particulière.

La danse au Japon
Parmi les bon odori (盆踊り), on retrouve plusieurs sous-genre particuliers, qui sont autant d’expression d’une même fête dans des endroits différents. Je m’attarderai sur les deux que j’ai eu l’occasion d’observer de mes propres yeux.

Shichigatsu Eisa (七月エイサ) correspond à la danse traditionnelle d’Okinawa, l’Eisa, adaptée pour l’occasion à l’O-bon. On y retrouve à la fois les gestes gracieux des mains et les petits pas, ainsi que la rigueur des mouvements. Y sont toutefois ajoutées les percussions propres à l’île et, selon moi, une plus grande puissance dans les mouvements. Danseur-se-s et musicien-ne-s sont bien entendu vêtu-e-s des costumes traditionnels du royaume ryukyuu, qui gouvernait autrefois Okinawa. Si vous êtes curieux-ses, voici une petite vidéo (je m’excuse pour la qualité, difficile de trouver des démonstrations d’Eisa potables sur youtube)

20151002_140619Sur l’île de Shikoku où a cours l’Awa odori, on la surnomme également « la danse des fous ». Elle est liée à une chanson particulière, dont le refrain « il y a les fous qui dansent et les fous qui regardent. Quitte à être fous, pourquoi ne pas danser ! » est à l’origine de cette dénomination. C’est une troupe qui s’adonne à cette danse particulière qui, à l’initiative de la mairie de Paris, est venue nous faire une petite démonstration en France. Pour de plus amples informations autour de ses origines spécifiques, je vous renvoie au site qui a été créé pour l’occasion et qui est très bien fait.  De plus, n’hésitez pas à aller regarder ce court reportage d’Arte qui complète aisément cet article. Vous avez jusqu’à 2025!

La danse à Paris

Le 1er et le 2 octobre 2015 s’est donc tenu sur la place des Vosges parisienne le 20151002_125553tout premier festival d’Awa odori en France. Les danseur-se-s venaient tout droit de Tokushima, accompagné-e-s de leur adorable mascotte, et sont parmi les meilleur-e-s du festival dans leur pays. Grand-e-s passionné-e-s du Japon ou petit-e-s curieu-ses-x, le public a pu découvrir durant toute une journée la bonne humeur et la joie de la danse japonaise. Des écoles de la ville ont également pu participer, et observer tous ces petits bouts de chou s’amuser à copier les fins mouvements de poignet des danseur-se-s valait le détour à lui seul.
Il n’y a plus qu’à espérer que l’événement puisse se reproduire à l’avenir pour permettre à plus d’entre nous de découvrir les fascinantes danses populaires japonaises qui, comme nos danses bretonnes ou occitanes, sont autant des occasions culturelles de célébrer les particularités que de partager ce sentiment universel qu’est la joie d’être ensemble.

20151002_130750A l’année prochaine!

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Japan Expo ou les rencontres du troisième type

Du 2 au 4 juillet se tenait au Parc des Expositions de Paris Nord-Villepinte, comme tous les ans, le premier « salon consacré à l’animation, au manga, aux jeux vidéos, à la musique, au cinéma, aux traditions et à la culture japonaises », plus couramment connu sous le nom de Japan Expo ou JE. Fidèle à son succès, elle n’a pas désempli cette année non plus et nous sommes très exactement 247 473 à en avoir franchi le seuil.
Il y a donc de fortes chances pour que toi, lecteur ou lectrice intéressé-e par cet article, tu connaisses de près ou de loin de quoi ce festival d’hommages à la culture nippone retourne. Si tu n’y es jamais allé-e, j’espère t’offrir un petit guide introductif qui te donnera envie de découvrir le lieu et crois-moi, ce qu’offre la Japan Expo déborde de loin le seul pays du Soleil levant. Si tu t’es déjà promené-e dans les allées bondées au cœur des halls 5 et 6, alors j’espère élargir tes connaissances et te donner quelques astuces pour les prochaines !

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L’ART DU HAIKU (俳句) ou la poésie de l’instant

Amis lecteurs bonjour! Lemaedre se lance dans la grande aventure du bosquet des gens gentils et vous annonce d’emblée sa couleur : soleil levant.

Il existe un certain nombre d’articles sur le Japon. Tout touriste qui souhaite y partir et qui tape dans la barre de son moteur de recherche trouvera quantité de conseils, de récits de voyage et de faits culturels intéressants sur ce merveilleux pays du soleil (ni日) levant (hon本, l’origine). En littéraire et étant donné les grandes lignes suivies par le bosquet, il m’a semblé utile de me concentrer sur des aspects de l’art et de la culture japonais un peu moins bien connus mais qui en disent long sur les mœurs et la mentalité de la société nippone. Bien entendu, plein d’autres surprises sont à prévoir!
Et parce qu’il faut bien commencer quelque part, je voudrais partager avec vous la sensibilité de l’art poétique tout en douceur et en finesse qui berce mes soirées. Sans blague, essayez de lire un haïku par soir avant de vous coucher, je vous garantis qu’il n’y a pas meilleur moyen pour s’endormir apaisé(e) et tout en pensées.

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